Les Laurier sont coupes

by sunil on February 25, 2017

Un soir de soleil couchant, d’air lointain, de cieux profonds ; et des foules qui confuses vont ; des bruits, des ombres, des multitudes ; des espaces infiniment en l’oubli d’heures étendus ; un vague soir…

Car sous le chaos des apparences, parmi les durées et les sites, dans l’illusoire des choses qui s’engendrent et qui s’enfantent, et en la source éternelle des causes, un avec les autres, un comme avec les autres, distinct des autres, semblable aux autres, apparaissant un le même et un de plus, un de tous donc surgissant, et entrant à ce qui est, et de l’infini des possibles existences, je surgis ; et voici que pointe le temps et que pointe le lieu ; c’est l’aujourd’hui ; c’est l’ici ; l’heure qui sonne ; et au long de moi, la vie ; je me lève le triste amoureux du mystère génital ; en moi s’oppose à moi l’advenant de frêle corps et de fuyante pensée ; et me naît le toujours vécu rêve de l’épars en visions multiples et désespéré désir… Voici l’heure, le lieu, un soir d’avril, Paris, un soir clair de soleil couchant, les monotones bruits, les maisons blanches, les feuillages d’ombres ; le soir plus doux, et une joie d’être quelqu’un, d’aller ; les rues et les multitudes, et dans l’air très lointainement étendu, le ciel ; Paris à l’entour chante, et, dans la brume des formes aperçues, mollement il encadre l’idée ; soir d’aujourd’hui, oh soir d’ici ; là je suis.
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Evening light of sunset, air far away, deep skies; a ferment of crowds, noises, shadows; spaces stretched out endlessly; a listless evening.And, from the chaos of appearance, in this time of all times, this place of places, amid the illusions of things self-begotten and self-conceived, one among others, one like the others yet distinct from them, the same and yet one more, from the infinity of possible lives, I arise.

So time and place come to a point; it is the now and here, this hour that is striking, and all around me life; the time and place, an April evening, Paris; an evening of bright sunset, a monotone of sound, white houses, foliage of shadows; a soft evening growing softer, and the joy of being oneself, of going one’s way; streets, crowds and, in air far aloft, outstretched, the sky; Paris is singing all around me, and languorously composes in the mist of ended shapes a setting for my thought.

~ Edouard Dujardin, Les lauriers sont coupes 

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